[Français] – 4e B – semaine 9

A

Consignes

Guy de MAUPASSANT, COCO

1

5

10

15

20

25

30

35

40

45

50

55

60

65

70

75

80

85

90

Dans tout le pays environnant on appelait la ferme des Lucas « la Métairie ». On n’aurait su dire pourquoi. Les paysans, sans doute, attachaient à ce mot « métairie » une idée de richesse et de grandeur, car cette ferme était assurément la plus vaste, la plus opulente et la plus ordonnée de la contrée.

La cour, immense, entourée de cinq rangs d’arbres magnifiques pour abriter contre le vent violent de la plaine les pommiers trapus et délicats, enfermait de longs bâtiments couverts en tuiles pour conserver les fourrages et les grains, de belles étables bâties en silex, des écuries pour trente chevaux, et une maison d’habitation en brique rouge, qui ressemblait à un petit château.

Les fumiers étaient bien tenus ; les chiens de garde habitaient en des niches, un peuple de volailles circulait dans l’herbe haute.

Chaque midi, quinze personnes, maîtres, valets et servantes prenaient place autour de la longue table de cuisine où fumait la soupe dans un grand vase de faïence à fleurs bleues.

Les bêtes, chevaux, vaches, porcs et moutons, étaient grasses, soignées et propres ; et maître Lucas, un grand homme qui prenait du ventre, faisait sa ronde trois fois par jour, veillant sur tout et pensant à tout.

On conservait, par charité, dans le fond de l’écurie, un très vieux cheval blanc que la maîtresse voulait nourrir jusqu’à sa mort naturelle, parce qu’elle l’avait élevé, gardé toujours, et qu’il lui rappelait des souvenirs.

Un goujat (1) de quinze ans, nommé Isidore Duval, et appelé plus simplement Zidore, prenait soin de cet invalide, lui donnait, pendant l’hiver, sa mesure d’avoine et son fourrage, et devait aller, quatre fois par jour, en été, le déplacer dans la côte où on l’attachait, afin qu’il eût en abondance de l’herbe fraîche.

L’animal, presque perclus, levait avec peine ses jambes lourdes, grosses des genoux et enflées au-dessus des sabots. Ses poils, qu’on n’étrillait plus jamais, avaient l’air de cheveux blancs, et des cils très longs donnaient à ses yeux un air triste.

Quand Zidore le menait à l’herbe, il lui fallait tirer sur la corde, tant la bête allait lentement ; et le gars, courbé, haletant, jurait contre elle, s’exaspérant d’avoir à soigner cette vieille rosse.

Les gens de la ferme, voyant cette colère du goujat contre Coco, s’en amusaient, parlaient sans cesse du cheval à Zidore, pour exaspérer le gamin. Ses camarades le plaisantaient. On l’appelait dans le village Coco-Zidore.

Le gars rageait, sentant naître en lui le désir de se venger du cheval. C’était un maigre enfant haut sur jambes, très sale, coiffé de cheveux roux, épais, durs et hérissés. Il semblait stupide, parlait en bégayant, avec une peine infinie, comme si les idées n’eussent pu se former dans son âme épaisse de brute.

Depuis longtemps déjà, il s’étonnait qu’on gardât Coco, s’indignant de voir perdre du bien pour cette bête inutile. Du moment qu’elle ne travaillait plus, il lui semblait injuste de la nourrir, il lui semblait révoltant de gaspiller de l’avoine, de l’avoine qui coûtait si cher, pour ce bidet paralysé. Et souvent même, malgré les ordres de maître Lucas, il économisait sur la nourriture du cheval, ne lui versant qu’une demi-mesure, ménageant sa litière et son foin. Et une haine grandissait en son esprit confus d’enfant, une haine de paysan rapace, de paysan sournois, féroce, brutal et lâche.

*

Lorsque revint l’été, il lui fallut aller remuer (2) la bête dans sa côte. C’était loin. Le goujat, plus furieux chaque matin, partait de son pas lourd à travers les blés. Les hommes qui travaillaient dans les terres lui criaient, par plaisanterie – Hé Zidore ; tu f’ras mes compliments à Coco.

Il ne répondait point ; mais il cassait, en passant, une baguette dans une haie et, dès qu’il avait déplacé l’attache du vieux cheval, il le laissait se remettre à brouter ; puis, approchant traîtreusement, il lui cinglait les jarrets. L’animal essayait de fuir, de ruer, d’échapper aux coups, et il tournait au bout de sa corde comme s’il eût été enfermé dans une piste. Et le gars le frappait avec rage, courant derrière, acharné, les dents serrées par la colère.

Puis il s’en allait lentement, sans se retourner, tandis que le cheval le regardait partir de son œil de vieux, les côtes saillantes, essoufflé d’avoir trotté. Et il ne rebaissait vers l’herbe sa tête osseuse et blanche qu’après avoir vu disparaître au loin la blouse bleue du jeune paysan.

Comme les nuits étaient chaudes, on laissait maintenant Coco coucher dehors, là-bas, au bord de la ravine, derrière le bois. Zidore seul allait le voir.

L’enfant s’amusait encore à lui jeter des pierres. Il s’asseyait à dix pas de lui, sur un talus, et il restait là une demi-heure, lançant de temps en temps un caillou tranchant au bidet, qui demeurait debout, enchaîné devant son ennemi, et le regardant sans cesse, sans oser paître avant qu’il fût reparti.

Mais toujours cette pensée restait plantée dans l’esprit du goujat : « Pourquoi nourrir ce cheval qui ne faisait plus rien ? » Il lui semblait que cette misérable rosse volait le manger des autres, volait l’avoir des hommes, le bien du bon Dieu, le volait même aussi, lui, Zidore, qui travaillait.

Alors, peu à peu, chaque jour, le gars diminua la bande de pâturage qu’il lui donnait en avançant le piquet de bois où était fixée la corde.

La bête jeûnait, maigrissait, dépérissait. Trop faible pour casser son attache, elle tendait la tête vers la grande herbe verte et luisante, si proche, et dont l’odeur lui venait sans qu’elle y pût toucher.

Mais, un matin, Zidore eut une idée : c’était de ne plus remuer Coco. Il en avait assez d’aller si loin pour cette carcasse.

Il vint cependant, pour savourer sa vengeance. La bête inquiète le regardait. Il ne la battit pas ce jour-là. Il tournait autour, les mains dans les poches. Même il fit mine de la changer de place, mais il renfonça le piquet juste dans le même trou, et il s’en alla, enchanté de son invention.

Le cheval, le voyant partir, hennit pour le rappeler ; mais le goujat se mit à courir, le laissant seul, tout seul dans son vallon, bien attaché, et sans un brin d’herbe à portée de la mâchoire.

Affamé, il essaya d’atteindre la grasse verdure qu’il touchait du bout de ses naseaux. Il se mit sur les genoux, tendant le cou, allongeant ses grandes lèvres baveuses. Ce fut en vain. Tout le jour, elle s’épuisa, la vieille bête, en efforts inutiles, en efforts terribles. La faim la dévorait, rendue plus affreuse par la vue de toute la verte nourriture qui s’étendait par l’horizon.

Le goujat ne revint point ce jour-là. Il vagabonda par les bois pour chercher des nids.

Il reparut le lendemain. Coco, exténué, s’était couché. Il se leva en apercevant l’enfant, attendant, enfin, d’être changé de place.

Mais le petit paysan ne toucha même pas au maillet jeté dans l’herbe. Il s’approcha, regarda l’animal, lui lança dans le nez une motte de terre qui s’écrasa sur le poil blanc, et il repartit en sifflant.

Le cheval resta debout tant qu’il put l’apercevoir encore ; puis, sentant bien que ses tentatives pour atteindre l’herbe voisine seraient inutiles, il s’étendit de nouveau sur le flanc et ferma les yeux.

Le lendemain, Zidore ne vint pas.

Quand il approcha, le jour suivant, de Coco toujours étendu, il s’aperçut qu’il était mort.

Alors il demeura debout, le regardant, content de son œuvre, étonné en même temps que ce fût déjà fini. Il le toucha du pied, leva une de ses jambes, puis la laissa retomber, s’assit dessus, et resta là, les yeux fixés dans l’herbe et sans penser à rien.

Il revint à la ferme, mais il ne dit pas l’accident, car il voulait vagabonder encore aux heures où, d’ordinaire, il allait changer de place le cheval.

Il alla le voir le lendemain. Des corbeaux s’envolèrent à son approche. Des mouches innombrables se promenaient sur le cadavre et bourdonnaient à l’entour.

En rentrant, il annonça la chose. La bête était si vieille que personne ne s’étonna. Le maître dit à deux valets : « Prenez vos pelles, vous ferez un trou là ousqu’il est. »

Et les hommes enfouirent le cheval juste à la place où il était mort de faim.

Et l’herbe poussa drue, verdoyante, vigoureuse, nourrie par le pauvre corps.

Guy de Maupassant, « Coco » (1884),

in Boule de Suif. La Maison Tellier, Folio

NOTES

1. Goujat (l. 17) : au sens propre, dans l’ancien français, le mot signifiait « garçon », « valet » (spécialement en langage militaire).

2. Remuer (l. 37) : changer de place.

Lisez la nouvelle « Coco » de Guy de MAUPASSANT, puis répondez aux questions suivantes.

1. Cherchez dans le dictionnaire le sens des mots écrits en gras dans le texte : trapus (l. 5), perclus (l. 20), étriller (l. 21), bidet (l. 28), cingler (l. 42), ravine (l. 49), dépérir (l. 58).

2. Délimitez les principales parties de cette nouvelle. Donnez un titre à chacune de ces parties.

3. Relevez des éléments du portrait physique et moral de Zidore. Quelle impression ce personnage laisse-t-il au lecteur ?

4. Relevez des éléments du portrait de Coco. Quelle impression ce « personnage » laisse-t-il au lecteur ?

5. Relisez le début de la nouvelle, lignes 1 à 13. Quel est le type de texte utilisé dans ce passage. Justifiez votre réponse.

6. Comparez ce début de nouvelle avec la fin du texte, lignes 83 à 90. Que constatez-vous ?

7. a. Relevez les verbes conjugués dans le deuxième paragraphe (l. 4 à 7). A quel temps sont-ils conjugués ? Pourquoi ?

b. Relevez les verbes conjugués des lignes 80 à 83. Quel temps est le plus utilisé dans ces lignes ? Pourquoi ?

8. Qu’est-ce qui explique le comportement de Zidore. Le narrateur laisse-t-il transparaître son opinion au sujet des faits qu’il rapporte ? Justifiez votre réponse.


CORRECTION / Guy de MAUPASSANT, COCO

1. Vocabulaire :

Trapus (l. 5) : Qui est court et large, ramassé sur soi-même, donnant une impression de robustesse, de force.

Perclus (l. 20) : Privé complètement ou partiellement de la faculté de se mouvoir. Impotent, inerte, paralysé.

Étriller (l. 21) :

1. Frotter, nettoyer avec l’étrille. Étrille : instrument formé d’une plaque de fer emmanchée et garnie de petites lames parallèles et dentelées, qu’on utilise pour nettoyer la robe des chevaux ou de gros animaux.

2. Battre, malmener.

Bidet (l. 28) : Petit cheval de selle ; cheval (par plaisanterie).

Cingler (l. 42) : Frapper fort avec un objet mince et flexible (baguette, corde, fouet, lanière, sangle). Cravacher, fouetter, flageller ; frapper.

Ravine (l. 49) : 1. Torrent / 2. Petit ravin ; lit encaissé d’un ruisseau, d’un torrent.

Dépérir (l. 58) : S’affaiblir, s’altérer, se délabrer. S’acheminer vers la ruine, la destruction. Mourir.

2. Principales étapes du récit :

Partie I (1 à 36)

l. 1 à 13

La ferme des Lucas, la « Métairie ».

Situation initiale

l. 14 à 22

l. 23 à 36

Coco

Zidore

Perturbation

Partie II (36 à 90)

l. 36 à 60

l. 61 à 77

(l. 76 à 77)

Maltraitances quotidiennes subies par Coco

Agonie de Coco

(mort de Coco)

Actions

l. 78 à 86

Zidore savoure sa « vengeance »

Résolution

l. 87 à 90

Enterrement de Coco

Situation finale

3. Portrait de Zidore.

Zidore (« Isidore Duval », l. 17) est un enfant féroce, impitoyable, bête, détestable.

Physiquement, c’est un garçon de 15 ans (l. 17), « un maigre enfant haut sur jambes, très sale, coiffé de cheveux roux, épais, durs et hérissés » (l. 28-29). Il paraît « stupide » (l. 29) et il bégaie. Il porte une « blouse bleue » (l. 47). Remarque : le roux, le rouge est traditionnellement associé au Malin, au diable, dans la littérature du XIXe siècle.

Moralement, il est idiot, il parle « comme si les idées n’eussent pu se former dans son âme épaisse de brute. » (l. 30). Il est avareil économisait sur la nourriture du cheval », l. 34). C’est la caricature du « paysan rapace », « sournois, féroce, brutal et lâche » (l. 36), très présent dans le roman réaliste (voir la Terre de Zola). Cruel, il fouette « traîtreusement » les jarrets de Coco (l. 41), lui lance des « caillou[x] tranchant[s] » (l. 51) et de la terre « dans le nez » (l. 75), alors que la pauvre bête est en train d’agoniser de faim.

C’est un enfant plein de haine, hargneux, « acharné » (l. 43) : il n’éprouve que « rage » (l. 28 et 42), « colère » (l. 25 et 44), « haine » (l. 35), et il n’est mu que par un « désir de se venger » (l. 28). Sans scrupule, la mort de Coco n’est pour lui qu’un « accident » (l. 83) dont il est satisfait, « content » (l. 80). Il « [savoure] sa vengeance » (l. 62).

Il laisse donc une impression très négative au lecteur. L’enfant s’en prend, sans raison réelle, à une pauvre bête incapable de se défendre. Le narrateur omniscient le présente sous son pire jour, ligne 36. Zidore est l’image de la cruauté et de la méchanceté humaines, de la barbarie dont sont capables les hommes.

4. Portrait de Coco.

Le portrait de Coco est plus restreint, tout en nuance et en allusions. Le portrait de l’animal est touchant et provoque d’emblée la sympathie et la pitié du lecteur.

Physiquement, l’animal est « perclus » (l. 20), ses jambes sont « lourdes » et « enflées ». C’est un « très vieux cheval blanc » (l. 14), « une vieille bête » (l. 69) dont les « poils blancs » ressemblent à des « cheveux blanc » (l. 21), aux « cils très longs » (l. 22), à « l’air triste » (l. 22), aux « grandes lèvres baveuses » (l. 68), à « la tête osseuse et blanche » (l. 45), et aux « côtes saillantes » (l. 46).

Coco est le véritable héros de la nouvelle, qui porte d’ailleurs son nom. Le narrateur donne au cheval un véritable statut de « personnage », il le rend « humain » (anthropomorphisme), touchant, émouvant : sa vieillesse et sa blancheur lui confèrent noblesse et pureté. Il est l’image de l’innocence bafouée, du martyre. Il est plein de dignité. Sa faiblesse le rend extrêmement émouvant : « paralysé » (l. 33), il ne peut se défendre contre le « goujat » dont il est conscient de la méchanceté (« La bête inquiète le regardait », l. 62). Son agonie (l. 61 à 77) est insoutenable. Sa mort est évoquée avec pudeur et décence (l. 77 : il « ferma les yeux »).

5. Types de texte

Les types de texte utilisés, au début de la nouvelle, sont les textes explicatif puis descriptif.

Le narrateur fixe le cadre de la narration : il dépeint le « Métairie » et en explique le fonctionnement. La ferme est décrite du général (« riche », « vaste », etc.) au particulier (on présente la « cour », puis les « étables », la « maison » et les « fermiers ») – la progression est éclatée –, et de l’inanimé (bâtiments) à l’animé (personnels puis bêtes).

On peut reconnaître le genre descriptif à plusieurs indices : emploi des adjectifs (2ème § : magnifiques, trapus, délicats, longs, belles, rouge, petit…) et de l’imparfait ; vocabulaire de l’architecture, du bâtiment. + Modalisateurs (emploi de superlatifs en groupe ternaire) : la ferme est « la plus vaste, la plus opulente et la plus ordonnée » (l. 3). Enfin, on est au début du récit (situation initiale) qui est le lieu où l’on présente cadre et personnages du récit.

6. Début // fin

Récit en boucle. La nouvelle s’ouvre et se referme sur l’évocation de la vaste métairie. Alors que les actions se concentrent sur deux personnages (Zidore et Coco), alors que les situations initiales et finales ont un champ plus large, celui de la ferme.

Au début comme à la fin domine aussi l’image d’une nature, d’une végétation vivifiante, saine : les « cinq rangs d’arbres magnifiques » (l. 4) et les « pommiers trapus et délicats » (l. 5) de la description initiale font place à l’herbe « drue, verdoyante, vigoureuse » qui se nourrit du cadavre de Coco. L’image du cheval en ressort d’ailleurs grandie : il est celui qui donne la vie, par opposition à Zidore, qui ne sait que donner la mort.

7. Temps de la narration

a. §2 : les verbes « enfermait » (l. 5) et « ressemblait » (l. 7) sont conjugués à l’imparfait de l’indicatif, temps de la description au dans un récit au passé.

b. L. 80 à 83 : les verbes « demeura » (l. 80), « toucha » (l. 81), « leva » (l. 81), « laissa » (l. 81), « s’assit » (l. 81), et « resta » (l. 81) sont conjugués au passé simple, temps employé pour les actions de premier plan (successives, qui plus est, ligne 81) dans un récit au passé.

La forme « fût fini » subjonctif imparfait, voix passive (le sujet subit l’action). Le mode subjonctif est utilisé pour exprimer un doute, une potentialité, une incertitude (fait envisagé, accompli et antérieur).

8. Zidore et le narrateur.

Le comportement de Zidore s’explique par son avarice, sa cruauté, mais aussi par le fait qu’il ait eu à subir (et n’ait pas supporté) les moqueries des autres paysans (ligne 25 à 27) et par le surnom de « Coco-Zidore » dont on l’a affublé (l. 27).

L’opinion du narrateur à son égard transparaît dans le portrait qu’il en dresse à travers la comparaison de la ligne 36 (énumération d’adjectifs péjoratifs : rapace, sournois, féroce, brutal et lâche) et dans certains commentaires qu’il glisse en racontant les exactions du garçon (« traîtreusement », l. 41).

Elle s’affirme aussi dans la manière de relater les souffrances de Coco, en employant des modalisateurs qui renforcent le pathétique : « Tout le jour, elle s’épuisa, la vieille bête, en efforts inutiles, en efforts terribles » (l. 69) ; « le . Tout est fait pour rendre le sort du cheval encore plus pitoyable et le paysan, en contrepoint, encore plus abominable et ignoble.

Et si le narrateur fait mine, parfois d’adopter le point de vue du jeune garçon, notamment en nommant Coco de façon péjorative (« cet invalide », l. 18 ; « cette vieille rosse », l. 24 ; « ce bidet paralysé », l. 33 ; « cette misérable rosse », l. 54 ; « cette carcasse », l. 61), c’est pour mieux faire sentir la noirceur des pensées de Zidore. Et pour mieux l’égratigner dès qu’il le peut : ainsi, si le narrateur note, dans le portrait du goujat qu’aucune idée ne semble pouvoir « se former dans son âme épaisse de brute » (l. 30), il souligne malgré tout, au cours du récit, qu’une « idée » (l. 60) va venir à l’esprit de Zidore : celle d’affamer Coco ! Comme si le garçon n’était susceptible d’intelligence que dans le crime.

Les portraits sont donc des plus manichéens : d’un côté l’animal innocent, de l’autre le jeune homme méchant.

ESPACES NUMERIQUES 

PRONOTE ÉLÈVES

PRONOTE PROFS